Profession solennelle perpétuelle de Sœur Catherine Toner, VSM


 

« IL EST VIVANT, LE DIEU DEVANT QUI JE ME TIENS! »

                                                                     (1 R 18, 15)

 

Le 15 février 2009 au cours de l’Eucharistie présidée par Son Excellence Mgr Terrence Prendergast, s.j., Archevêque d’Ottawa, je faisais ma profession solennelle perpétuelle. Sont venus se joindre à ma communauté visitandine pour célébrer ce jour tant désiré : le Père Doris Laplante, CSsr, chancelier de l’Archidiocèse, l’abbé Robert Laplante, notre aumônier, le Père Louis Labbé, o.s.m., le Père Robert Michel, o.m.i. et mon cousin le Père Michel Last, CSsp, Provincial des Spiritains ainsi que plusieurs membres de ma famille dont mon frère de Rankin Inlet et mon neveu de Calgary, et d’un grand nombre d’amis et de bienfaiteurs de la communauté.

 

Cette journée du 15 fut extraordinaire, le beau temps était de la partie, le soleil brillait dans toute sa splendeur à travers les vitraux formant un arc-en-ciel sur les murs, signe de la nouvelle alliance entre Dieu et sa nouvelle épouse. Je n’ai jamais vécu quelque chose de si beau, de si priant, de si chantant, de si mélodieux, de si joyeux, ni de si détendue de ma vie…et j’en ai vécu des événements dans mes 68 ans de vie. Le moment le plus intime et précieux pour moi fut lorsque, en retournant dans le chœur des moniales, notre Mère Suzanne-Christine m’accueilla officiellement au sein de la communauté visitandine d’Ottawa en m’apposant un joli corsage blanc et par les paroles suivantes qui résonnent encore dans mon cœur :

« Ma sœur Catherine voici que vous faites définitivement partie de notre communauté. Puissiez-vous y vivre avec nous dans la paix et l’amour de notre unique Seigneur, Jésus-Christ. »

Mes sœurs formant un demi-cercle devant la grille du chœur m’accueillirent chacune d’une façon personnelle en partageant une accolade fraternelle. Merci mon Dieu pour cette belle communauté dans laquelle je suis invitée à m’épanouir !

Aujourd’hui dans le feu de mon cœur et de ma reconnaissance, j’ai envie de chanter à pleine voix: « Jésus qui m’as brûlé le cœur au carrefour des Écritures, ne permets pas que leur blessure en moi se ferme; tourne mes sens à l’intérieur, force mes pas à l’aventure pour que le feu de ton bonheur à d’autres prenne. »

Chaque mot de ce verset du merveilleux cantique de Didier Rimaud « Jésus qui m’as brûlé le cœur » résonne une mélodie céleste dans mon âme. En effet, ce 15 février, fête de saint Claude la Colombière, s.j. directeur spirituel de notre sainte sœur Marguerite-Marie Alacoque, marque l’instant de mon don radical fait à mon Dieu qui m’appelle depuis le sein de ma mère, Lui qui m’a choisie de toute éternité et aujourd’hui me redit son Amour. Quelle patience de sa part! Quelle recherche incessante de la mienne!

Suite à un long discernement, ma décision d’entrer au Monastère de la Visitation étant prise, il n’y avait plus rien qui m’empêcherait de répondre à cet appel qui me tiraillait depuis bien longtemps. Petit à petit je suis arrivée à percevoir l’insistance amoureuse de Dieu et librement j’ai choisi de venir voir et de répondre OUI à son appel : « Viens, suis-moi! » Donc, ni la mort de ma jeune sœur, Donna survenu à 59 ans, un mois avant mon entrée, ni ma peine profonde de laisser mon apostolat au Commissariat de Terre Sainte, surtout mon patron, le Père Édouard Otis, ofm, décédé le 15 août 2005, un an après mon entrée, ni mon engagement en tant qu’associée de la communauté des Sisters of the Immaculate Conception de Pembroke, GSIC, ni mon bénévolat auprès des enfants de ma paroisse Saint Patrick, ni les liens tissés au cours des années entre les membres de mon groupe de prières de la Légion de Marie,  ni mon désir ardent d’être au cœur de la vie de mes frères et sœurs et de leurs enfants, ni la joie que m’apportait mes nombreux amis et connaissances, rien ne m’arrêterait tant l’attirance était puissante sur ce cœur jamais assouvi et toujours en recherche!

Certaines  personnes  qui  me  connaissent,  peut-être  un  peu  trop  à  mon goût, me demandaient :

« Pourquoi choisir une vie retirée en solitude quand tu peux continuer de faire beaucoup de bien dans le monde? » « Pourquoi entrer dans une communauté vieillissante sans recrutement à l’horizon? » Oui, pourquoi? Je me pose la même question? Mystère! Car c’est vrai que la vocation a son origine et sa fin dans le mystère de Dieu. Chaque appel est particulier et personnel. Bien souvent, comme dans mon cas, l’entrée au monastère est vraiment l’aboutissement d’un très long cheminement. C’est à 63 ans, l’âge de la retraite que j’ai finalement perçu la Lumière et que j’ai enfin réalisé que seul l’amour préférentiel du Christ pouvait m’apporter la paix et cette joie intérieure que je cherchais depuis toujours et que je n’arrivais pas à en capter la lueur et la beauté malgré le succès de ma vie dans le monde.

Je me suis ressaisie sur le tard, oui c’est vrai, mais ici, il y a une certaine sagesse car l’heure n’est jamais trop avancée pour la réflexion. La fleur de l’âge est un fruit de l’expérience! J’ai eu le temps de faire un bon triage de ce que et qui m’est cher et mesuré ce qui m’est essentiel. Maintenant j’apprends de jour en jour à me contenter de peu. Saint François de Sales nous dit que quand la volonté a rencontré Dieu, elle se repose en Lui. Le repos du cœur ne consiste pas à demeurer immobile, mais à n’avoir besoin de rien. (V 3, p. 208)

Pour être fidèle à ma vocation visitandine, je m’efforcerai de vivre selon l’Esprit de nos saints fondateurs François de Sales et Jeanne-Françoise de Chantal en essayant de toujours acquérir les vertus préférées et spécifiques à la Visitation : une profonde humilité envers Dieu :  « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur! » et une grande douceur envers le prochain : « Aimez-vous les unes les autres comme je vous ai aimées! » afin que l’amour soit le centre de toute ma vie car, selon notre sainte Mère Jeanne-Françoise de Chantal, là où il y a le plus d’amour, il y a le plus de perfection.

À la Visitation, le Seigneur ne demande pas de nous un apostolat direct. Il s’attend à ce que nous soyons des « Témoins » authentiques de son Amour. Comme Moïse, nous gravissons la montagne pour prier et intercéder pour nos sœurs et frères souffrants et bien portants.  La FOI est vivante parce qu’elle est notre « moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » (Hébreux 11, 1-7) La JOIE est aussi de la partie à la Visitation. Elle est bien le dernier mot de cette vie toute simple qui passe tout sentiment. Il est difficile d’exprimer la joie d’un tel appel, car cette joie se vit plus qu’elle ne s’exprime.

Le Pape Jean-Paul II dans son exhortation post-synodale sur la vie consacrée disait que « par leur vie et leur mission, celles qui font partie des Ordres imitent le Christ en prière sur la montagne. Dans la solitude et dans le silence, par l’écoute de la Parole de Dieu, la pratique du culte divin, la prière, l’ascèse personnelle, l’amour fraternel, elles orientent toutes leurs activités et toute leur vie vers la contemplation de Dieu. » En effet, à la Visitation Sainte-Marie nous vivons une vie toute spirituelle dont les actions et les résignations sont autant de prières et d’oraisons; toutes les heures sont dédiées au Seigneur, oui, même celles du sommeil et de la récréation : ce sont des fruits de la charité pour la gloire de Dieu! De plus, pour nous c’est l’humilité qui forme la discipline religieuse, qui est le fondement de l’édifice spirituel et la marque infaillible des enfants de Dieu. L’amour du prochain nous convie de travailler pour acquérir la sainte dilection du prochain le regardant comme le chef-d’œuvre de Dieu et sa vivante image. (Extrait de l’abrégé de l’esprit intérieur des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie)

En guise de conclusion, je vous raconte un petit fait vécu qui peut stimuler notre rayonnement dans nos milieux respectifs : Une dame rencontrée lors d’une de mes sorties me disait : « Ma sœur, je vous admire, vous semblez toutes tellement heureuses et je vous trouve chanceuses et vous faites tellement de bien autour de vous. Je vous félicite ! » Je lui ai répondu : « Oui, c’est vrai et je me demande comment cela se fait qu’il n’y a pas plus de femmes qui désirent vivre ce genre de vie qui fait que vous nous admirez ? » Il faut à tout prix que nous devenions « contagieuses » pour que l’appel du Seigneur qui est toujours fidèle à son Église soit entendu et répondu avec générosité.

« Béni soit le Seigneur qui fit pour moi des merveilles. »

Sœur Catherine Toner, VSM

Monastère de la Visitation d’Ottawa

Le 15 février 2009